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Le Livre de l’oubli

10-03-2009

La rentrée littéraire de cet hiver parle, elle aussi, de la maladie d’Alzheimer. Et de belle manière.

Avec Le livre de l’oubli, le jeune auteur américain Stefan Merrill Block signe un premier roman à la fois dense, épuré et terriblement romanesque.

Dans Le Livre de l’oubli, tous les personnages tournent autour d’un même pivot : la maladie d’Alzheimer.

Comme métaphore d’une question plus universelle : l’oubli — comme la mémoire — est-il nécessaire à notre bien-être ?

Extrait :

“Jamais je n’ai su comment combler tout ce silence. Dans les mois qui suivirent la grande tragédie de ma vie, tous les matins, je me levais d’un bond pour chausser mes godasses à semelles de liège et naviguer de pièce en pièce en me cognant à tout ce que je pouvais.

Le silence évoquait l’absence et l’absence signifiait se souvenir, d’où ce raffut. Les grincements du plancher vermoulu, le bruit mat des fauteuils renversés, les cloisons craquant sous mes coups de poing : autant de petits réconforts quand partout, toujours, le silence me guettait.

Avec le temps, j’ai appris à le morceler. Si, après le petit déjeuner, je me surprenais à tendre l’oreille pour capter la voix de ma fille dans le jardin, ou le pas claudicant de mon frère dans le couloir, ou bien Mae tripotant la radio, j’accusais le silence qui venait de s’accumuler devant moi, dans le bol de porridge tout juste terminé, et je le chassais en raclant ses entrailles avec ma cuillère.

Parfois, depuis la chambre jadis occupé par mon frère et Mae, un silence régulier, plus profond, commençait à filtrer sous la porte et il me fallait alors me précipiter à l’intérieur, les poings brandis, pour le vaincre.”

F.R.

En savoir plus :

-La critique du Figaro

-L’interview de l’auteur sur le site d’Albin Michel

-L’interview de l’auteur sur ARTE

-Sur le blog littéraire Les jardins d’Hélène

-Sur le blog du Monde Les vieux dans les yeux

“Faites un exercice”

11-03-2008

Le roman d’Olivia Rosenthal “On n’est pas là par disparaître” décrit avec profondeur et poésie, la réalité toujours chancelante de la maladie d’Alzheimer.

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Extrait:

« Des fois, ma mémoire chavire. C’est comme un trou noir à l’intérieur duquel je sais qu’il y a quelque chose que je devais chercher. Je ne me souviens plus quoi, mais il y avait là, dans le trou, quelque chose et ce quelque chose me manque.

C’est bizarre d’éprouver le manque de quelque chose qu’on ne connaît pas. D’habitude, quand quelque chose manque, on sait ce que c’est, c’est d’ailleurs pour ça qu’il ou qu’elle manque. Le manque, c’est quand on me retire une chose dont je sais qu’elle m’est nécessaire et dont l’empreinte reste en moi vivace.

Mais là, c’est autre chose, un manque flottant, un manque profond que je ne peux pas circonscrire. C’est pire, bien pire, parce que j’ai beau réfléchir, je ne sais pas ce qui manque ».

Olivia Rosenthal, On n’est pas là pour disparaître, Editions Verticales, 2007.