Archives de la catégorie ‘Recherche’

Médicament anticancéreux pour traiter Alzheimer? Prudence!

15-02-2012

Voici quelques jours que la presse fait état d’un médicament prometteur dans le traitement de la maladie d’Alzheimer. Ce traitement contre le cancer a permis de restaurer les fonctions cérébrales de souris de laboratoire génétiquement modifiées pour servir de modèle de maladie d’Alzheimer. Ces résultats sont certes encourageants mais il faut éviter de s’emballer.

 

Peter Falk

Le Bexarotène (nom commercial: Targetin) est un agent pharmacologique utilisé depuis plusieurs années comme traitement dans une forme particulière de cancer cutané, le lymphome à cellules T. Une équipe américaine a récemment publié les résultats d’une étude de ce médicament chez des souris modifiées génétiquement pour servir de modèle de maladie d’Alzheimer. Ils ont observé une amélioration des performances de mémoire et de comportement chez les souris traitées, parallèlement à une réduction dans leur cerveau des formes solubles de protéine bêta-amyloïde et ensuite de la quantité de plaques d’amyloïde insoluble. Il semble que l’action du bexarotène est liée à l’action de ce médicament sur l’apolipoprotéine E. Ces résultats sont certes encourageants mais il faut éviter de s’emballer. Les résultats observés sur les souris ne sont pas directement transposables aux êtres humains; les mécanismes sous-jacents à l’effet pharmacologique et la toxicité du médicament ne sont pas toujours identiques d’une espèce à l’autre. Des tests sur plusieurs espèces animales doivent donc être menés avant l’application à l’homme. Ce ne serait malheureusement pas le premier produit pour lequel les résultats préliminaires ne sont pas confirmés par la suite. Rappelons par ailleurs qu’entre les premières études d’un médicament chez l’animal et l’application clinique chez l’être humain, il se passe souvent 5 à 10 ans.

 

Jean-Louis Pepin

Neurologue  (CHR Citadelle)


Alzheimer: on le craint mais on veut savoir

29-07-2011

« Si vous étiez atteint de désorientation et de pertes de mémoire, iriez-vous consulter un médecin pour déterminer si la cause de ces symptômes est la maladie d’Alzheimer ? » A cette question, posée dans le cadre d’une enquête internationale[1], 85% des participants ont répondu par l’affirmative.  Nous vous proposons un aperçu des autres chiffres mis en lumière par cette enquête.

94 %

La quasi-totalité des participants souhaiterait consulter un médecin si un membre de leur famille présentait des symptômes tels que perte de mémoire et désorientation.

N°2

Dans quatre des cinq pays étudiés, la maladie d’Alzheimer constitue le deuxième problème de santé le plus craint, juste après le cancer.

Un sur sept

Chez les 18 – 34 ans, un participant sur sept a déclaré qu’Alzheimer était la maladie qu’il craignait le plus parmi celles proposées sur une liste. Sans surprise, la peur de la maladie d’Alzheimer augmente avec l’âge.

+/- 70%

La majeure partie des participants affirme connaître ou avoir connu une personne atteinte de maladie d’Alzheimer : 72% en France ; 73% en Allemagne et aux Etats-Unis, et 77% en Espagne.

30%

La proportion de participants dont un membre de la famille est atteint de maladie d’Alzheimer.

88%

Le pourcentage de participants ayant reconnu le fait de se perdre comme un symptôme possible de la maladie d’Alzheimer. Autre symptôme, la confusion a été reconnue par 86% des répondants.

40%

Peu de participants savent que la maladie d’Alzheimer est une pathologie fatale. Alzheimer est pourtant la septième cause de décès dans les pays à hauts revenus.

2/3

2/3 des participants ont affirmé qu’ils passeraient un test prédictif de la maladie d’Alzheimer avant même l’apparition de symptômes, si un test de ce type existait.

« Ces résultats démontrent l’importance d’être honnête avec les patients quand le diagnostic de maladie d’Alzheimer est connu. En tant qu’ancienne aidante-proche, je sais à quel point il est précieux de pouvoir apposer un nom sur toutes les incertitudes qui pèsent quant à leur état (…) Il sera toujours difficile de recevoir un tel diagnostic, mais les médecins doivent donner aux patients et à leurs proches les outils qui leur permettront d’avancer pas à pas de manière appropriée »
Heike von Lützau-Hohlbein, Présidente d’Alzheimer Europe

Et vous, votre position par rapport à ces questions ? Vos réponses et commentaires sont les bienvenus ! Le prochain numéro du trimestriel de la Ligue Alzheimer, le « Bloc-Notes », comportera par ailleurs un dossier entièrement consacré au diagnostic de la maladie d’Alzheimer.

A.D.


[1] L’enquête a été menée dans cinq pays : les Etats-Unis, l’Allemagne, la France, l’Espagne et la Pologne. Plus de 2 500 personnes ont été interrogées. Cette enquête a été réalisée par « The Harvard School of Public Health » et « Alzheimer Europe ». Ce sont également ces deux organisations qui en ont analysé les résultats. Plus d’infos sur cette enquête? Cliquez ici.

Pour un meilleur diagnostic – les réactions

12-05-2011

Nous vous l’annoncions il y a quelques jours : de nouvelles directives dans l’établissement du diagnostic de la maladie d’Alzheimer ont été publiées (lire le post ici). Cette nouvelle a suscité son lot de réactions au sein de la Ligue Alzheimer. Florilège.

L’avis du Conseil scientifique

Du côté du Conseil scientifique de la Ligue Alzheimer, on salue cette avancée.

Professeur Jean-Louis Pepin (CHR Citadelle)

« Je pense que ces nouveaux critères reflètent les progrès des techniques de dépistage précoce ainsi que notre meilleure compréhension des mécanismes de la maladie d’Alzheimer. Ils vont permettre à la recherche de disposer de groupes plus homogènes de patients pour un suivi longitudinal de nouvelles thérapies.

Dans la pratique clinique usuelle, ils posent question notamment dans la mesure où pour l’instant il n’y a pas de traitement préventif de la maladie. Une réflexion éthique doit être envisagée concernant la découverte d’une maladie d’Alzheimer au stade présymptomatique et la révélation du diagnostic au patient. »

Professeur Adrian Ivanoiu (Cliniques universitaires Saint-Luc) :

« (L’établissement de ces nouvelles directives) est important dans la mesure où ce changement de critères de diagnostic a été adopté par une des associations les plus influentes dans le domaine : l’Alzheimer’s Association, en collaboration avec le National Institute on Aging.

L’essentiel de ce changement est le suivant :

-         La reconnaissance de trois stades pour la maladie

-         La reconnaissance d’une absence de relation simple et linéaire entre la présence/quantité/type de lésions et les troubles cliniques. Ainsi, des sujets portant des lésions pourraient ne pas (encore ?) avoir des symptômes

-         L’acceptation des biomarqueurs (dans le liquide céphalorachidien, imagerie par PET scanner ou RMN) comme outils aidant au diagnostic

Beaucoup de ces recommandations étaient déjà appliquées en pratique (celles relatives aux biomarqueurs, par exemple). Il est toutefois important de souligner que les nouveaux critères nécessitent une validation avant d’être utilisés de manière plus large. C’est particulièrement vrai pour les deux premiers stades de la maladie. Cela impliquera de corroborer les données obtenues du vivant du sujet avec l’examen du cerveau obtenu après le décès. Cela veut dire qu’il faudra encore des années avant de connaître la fiabilité de ces critères, car les patients dans les stades précoces de la maladie ont une espérance de vie beaucoup plus longue. L’importance réside en fait surtout en matière de recherche, où ces critères seront déjà d’application. »

L’avis de la Ligue Alzheimer

Sur la question du diagnostic « précoce », la Ligue Alzheimer se positionne en deux temps. L’association est en faveur d’une détection anticipée de la maladie, qui permettra à la personne qui en est atteinte de s’informer plus tôt et d’être plus à même de prendre les décisions propres à sa vie et aux soins dont elle souhaite bénéficier à l’avenir.

La Ligue Alzheimer est en revanche plus sceptique quand il s’agit de mener une réflexion sur la possibilité d’établir un diagnostic des années avant l’apparition des premiers symptômes : en l’absence de traitement et de connaissances précises quant à la prévention de la maladie, un dépistage généralisé serait-il réellement opportun ?

L’avis de Louis, aidant

Nous avons posé la question à Louis, qui fut pendant des années l’aidant principal de son épouse atteinte de maladie d’Alzheimer. Pour Louis, il n’est pas opportun d’établir un diagnostic aussi longtemps à l’avance à l’heure actuelle.

« Le seul résultat, c’est qu’on se tracasse : pour soi, pour sa famille,… Tout ça alors qu’on ne peut en fait rien faire. S’il y a des avancées au niveau scientifique, alors oui, ça peut être intéressant. Mais pas pour le moment.

Tout dépend aussi de la personne à qui on annonce la nouvelle. Dans notre cas, j’estime qu’on l’a su assez tôt.

En tout cas, dès que le diagnostic est posé, le patient et la famille devraient être pris en charge. Etre bien suivi aide à tenir le coup, à mieux surmonter les difficultés et à appréhender la situation plus sereinement. »

Et vous, qu’en pensez-vous?

Vos questions, réflexions, commentaires sont les bienvenus! Ce blog est aussi le vôtre!

A.D.

Pour un meilleur diagnostic d’Alzheimer

22-04-2011

De nouvelles directives dans l’établissement du diagnostic de la maladie d’Alzheimer ont été publiées cette semaine par les associations américaines Alzheimer’s Association et National Institutes of Health. Une première en 27 ans ! La dernière publication de ce type remonte en effet à 1984. Depuis lors, les recherches scientifiques relatives à la démence ont mis en lumière une série d’aspects alors méconnus.

Parmi ces aspects : la prise en compte de deux stades de la maladie antérieurs à la période au cours de laquelle la personne atteinte de démence ne peut plus mener ses activités quotidiennes en toute indépendance.

Cette perception correspond aux réflexions actuelles sur la maladie d’Alzheimer : la pathologie commencerait à causer des modifications mesurables dans le cerveau des personnes atteintes des années – parfois même des dizaines d’années – avant que les problèmes cognitifs (mémoire, raisonnement,…) ne se manifestent.

« Nous espérons que les connaissances scientifiques et avancées technologiques engrangées depuis un quart de siècle amélioreront l’établissement du diagnostic, permettront de tendre vers une détection précoce de la maladie et, in fine, de mener à des thérapies efficaces », précise le Professeur William Thies, chef médical et conseiller scientifique à l’Alzheimer Association.

Si vous désirez consulter le fruit de ces travaux dans son intégralité, nous vous invitons à cliquer ici.

Pour lire les réactions que cette nouvelle a suscitées au sein de la Ligue Alzheimer, c’est ici qu’il faut cliquer.

A.D.

Nouveaux gènes identifiés

6-04-2011

Après des analyses sur les génomes de 59176 individus, cinq nouveaux gènes impliqués dans l’apparition de la maladie d’Alzheimer ont été découverts et identifiés par des équipes de chercheurs français et britanniques. Cela porte à 10 au total le nombre connu de gènes de prédisposition de la maladie d’Alzheimer. Ces travaux ont été publiés dans la revue spécialisée Nature Genetics; espérons que cette découverte permettra d’ouvrir de nouvelles voies de recherches pour réduire les impacts de la maladie.

 J.L. 

Vitamine B, une piste?

5-10-2010

Une découverte?

Une consommation de doses importantes de vitamines B (en l’occurrence, acide folique B6 et B12) pourrait intervenir dans la diminution de l’atrophie cérébrale, atténuant ainsi le déclin cognitif modéré, d’après PLoS ONE (Public Library of Science One). Cette étude anglaise concernait 168 personnes de plus de 70 ans, qui souffraient d’un déclin cognitif modéré. Chez les personnes qui ont reçu des doses massives de ces acides foliques, les chercheurs ont constaté un ralentissement de l’atrophie cérébrale beaucoup plus conséquent que ceux qui ont reçu un placebo.

Où se cache-t-elle?

À l’état naturel, la vitamine B6, par exemple, est présente essentiellement dans la levure alimentaire, les abats ou encore les poissons gras. Attention cependant, l’effet d’une consommation élevée de vitamine B6 peut avoir des effets secondaires négatifs. La prudence reste de mise.

 J.L.

Détecter Alzheimer? Pas de panacée

24-08-2010

L’info a été abondamment relayée par la presse cet été. On pourrait, incessamment sous peu, « prédire » la maladie d’Alzheimer cinq ans avant qu’elle ne se déclare avec 100% d’exactitude. Le tout via un marqueur biologique novateur… Une avancée à relativiser.

Bénéfice indéniable de cette découverte, si elle devait être confirmée : elle constituerait une avancée majeure dans la recherche pour la mise au point d’un diagnostic fiable et précoce de la maladie d’Alzheimer. A l’heure actuelle, c’est à l’aide d’une batterie de tests neurologiques et neuropsychologiques poussés que l’on peut prononcer un diagnostic avec une certitude de 90%.

Là où le bât blesse

La Ligue Alzheimer a tenu à recueillir l’avis du Professeur Jean-Noël Octave, Président de l‘Institute of Neuro Science et membre du Conseil scientifique de la Ligue. Selon le Professeur Octave, cette info – aussi intéressante qu’elle puisse être – ne mérite pas l’emballement médiatique qu’elle a suscité. Le scientifique parle de « tempête dans un verre d’eau » et d’ « effet boule de neige » à partir d’un communiqué d’agence hâtivement repris et maintes fois interprété.

Parmi les éléments incitant à relativiser l’information, on peut épingler ces quatre questions en suspens :

  • Diagnostiquer… Oui, mais après ?

Il n’existe pas encore de traitement curatif à la maladie d’Alzheimer. Les produits dont on dispose actuellement permettent uniquement de stabiliser ou de ralentir la dégénérescence, et ce chez 1/3 des patients seulement.

  • Diagnostiquer… Oui, mais comment ?

Le test en question s’avère très délicat à mettre en œuvre. Il nécessite en effet de pratiquer une ponction lombaire : on pique avec une très longue aiguille dans la moelle épinière, au niveau de la colonne vertébrale. Une manœuvre médicale délicate, qui comporte des risques et exige quelques jours d’hospitalisation.

  • Une innovation ? Oui, mais…

Si innovation il y a, elle réside dans l’agencement des marqueurs biologiques, bien davantage que dans le type de marqueurs utilisés. Les trois biomarqueurs sont en effet ceux manipulés depuis plus de 10 ans par les scientifiques.

  • Des scientifiques ? Oui, mais liés à une firme pharmaceutique

Parmi les points communs aux trois co-auteurs de l’étude : la firme pharmaceutique Innogenetics, qui fait partie de Solvay – Pharma. C’est cette firme qui est à l’initiative des tests sur le liquide cérébro – spinal utilisés dans cette étude. Geert De Meyer en est un ancien employé. Les deux autres auteurs y travaillent toujours. Les trois chercheurs ont démenti toute pression financière. Il n’empêche : ce type de rapprochement est susceptible de favoriser un manque de recul critique et des velléités accrues de parvenir à des résultats positifs à tout prix. En somme : cette découverte, si elle représente une avancée majeure en termes de compréhension de la maladie d’Alzheimer, ne constitue pas encore une victoire claire et définitive sur cette pathologie.

Le modèle en question

D’après la dépêche de Belga, l’équipe du professeur Geert de Meyer et de ses collègues de l’Université de Gand a analysé des données issues d’une étude portant sur plus de 400 personnes âgées. Dans ce panel: 114 personnes disposaient de fonctions cognitives normales; 200 personnes souffraient de troubles cognitifs légers; les 102 autres avaient été diagnostiquées de la maladie d’Alzheimer. L’analyse du liquide cérébro-spinal de ces volontaires a révélé la présence de la “signature protéique” chez 90% des patients atteints d’Alzheimer, 72% des sujets souffrant de troubles cognitifs modérés et 36% des personnes en bonne santé. Ces résultats ont ensuite été recoupés au sein d’échantillons plus réduits. Dans l’un d’entre eux, le modèle a permis de “prédire” la maladie qui allait se déclencher chez 100% des 57 sujets atteints de troubles cognitifs légers non spécifiques à Alzheimer.

Pour en savoir plus:

Le site Doctissimo

Le site Psychomedia

Le site de France Info

A.D.

Karl Friston, une théorie globale du cerveau

22-06-2010

Comment notre cerveau fonctionne-t-il ? Vaste question ! Le professeur Karl Friston de l’University College London (UCL) a tenté d’y répondre à l’occasion du Brain Awareness Week devant une large audience au Parlement européen.

Prenez le cerveau : l’objet le plus complexe de l’univers, capable d’une multitude d’actions différentes : raisonnement, mémoire, perception, apprentissage, attention, mémorisation, pour n’en citer qu’une partie.

Les scientifiques sont maintenant parvenus à détecter quelles régions cérébrales s’activent lorsque l’on écoute un discours, quand on admire un tableau, ou encore lors de marchandages financiers.

Les experts commencent même à appréhender les processus naturels profonds qui sous-tendent l’apprentissage et la prise de décision.

Vers une théorie globale du cerveau

Pourtant il nous manque encore ce qui rassemblerait toutes les pièces du puzzle et nous permettrait d’établir une théorie globale sur le fonctionnement du cerveau, à l’instar de la théorie générale de la relativité développée par Einstein.

Le neurologue Karl Friston et ses collègues ont  proposé une loi mathématique qui, selon certains, pourrait constituer le principe se rapprochant le plus d’une grand théorie générale sur le cerveau.

Cette théorie s’inspire de modèles mathématiques de probabilités selon lesquels le cerveau serait constamment en train d’élaborer des prédictions sur le monde.

Ces  prédictions seraient ensuite adaptées en fonction des éléments perçus par le cerveau. Un aspect crucial de cette approche repose dans le fait que les probabilités en question sont développées à partir d’expériences antérieures, mais qu’elles sont susceptibles d’êtres modifiées dès que des informations pertinentes deviennent disponibles.

Un exemple : quand on écoute quelqu’un parler, notre cerveau n’est pas simplement en train d’emmagasiner des informations ; il prédit aussi ce qu’il s’attend à entendre, et révise constamment ses prédictions en fonction des dernières informations qui lui parviennent. Ces prédictions exercent une grande influence sur ce que l’on entend : elles sont notamment susceptibles de faciliter la compréhension d’un discours perturbé ou altéré par un environnement bruyant.
En somme, les chercheurs de l’UCL estiment que cette théorie pourrait expliquer le fonctionnement du cerveau de manière globale : du simple contrôle de mouvements oculaires à une prise de décision intervenant lorsque l’on planifie sa vie.

2 questions à Karl Friston

A l’issue de sa conférence, le professeur Friston a accepté de répondre à notre courte interview sur l’application de sa théorie sur le fonctionnement du cerveau à la maladie d’Alzheimer.

- Que pourrait nous enseigner le modèle que vous avez développé dans le domaine de la maladie d’Alzheimer?
Ce modèle a des implications sur la capacité à mesurer la « plasticité » (changements dans les connexions du cerveau) qui sous-tend la mémoire et l’apprentissage.

Concrètement, cela pourrait signifier un progrès dans la recherche psychopharmacologique sur la maladie d’Alzheimer.

Théoriquement, et si l’on considère que la maladie d’Alzheimer comporte des changements au niveau des connexions cérébrales, ce modèle accréditerait l’idée selon laquelle il faut maintenir un environnement le plus constant et le plus prédictible possible.

Dans certains cas, être capable de fournir une explication théorique aux aidants sur le bien-fondé de la routine et des éléments familiers, les aide dans leur soutien. Les idées théoriques que j’ai développées pourraient être utilisées de cette manière.


Quelle serait votre réponse aux personnes qui considèrent la maladie d’Alzheimer comme une forme particulière du vieillissement, et non comme une maladie ?

En tant que psychiatre, je soutiendrais que cette idée relève d’une manière fonctionnelle de réduire la dissonance cognitive et la peine relatives au diagnostic.

Cependant, je dois dire que la maladie d’Alzheimer est une maladie qui a ses spécificités neurobiologiques et qui comporte toute une série de symptômes particuliers.

Et ce, même si l’on considère que le vieillissement cause aussi une série de modifications biologiques et induit des symptômes tels que des oublis bénins liés à l’âge.

Enfin, on remarque que la perte de connexions dans le cerveau ne signifie pas, dans un premier temps, une perte de fonctions.

La raison : le cerveau tendrait à diminuer la redondance. Néanmoins, lors du stade avancé de la maladie d’Alzheimer, les connexions touchées sont multiples. D’autres connexions que les redondantes sont alors atteintes à leur tour.

A.D.

Internet booste le cerveau des aînés

23-03-2010

Surfer, bloguer, chatter… C’est bon pour la santé du cerveau, particulièrement pour les aînés.

Voilà comment pourraient être résumés les résultats d’une étude menée par des chercheurs de l’UCLA (University of California, Los Angeles). Cette étude est la première à examiner l’impact de la recherche en ligne sur les performances cérébrales.

L’équipe de recherche de l’UCLA a travaillé avec 24 volontaires sans aucun dommage neurologique âgés de 55 à 76 ans. Et les chercheurs de conclure : le « surf » sur internet chez les adultes d’âge moyen et chez les personnes plus âgées déclencherait l’action de centres du cerveau qui contrôlent la prise de décision et le raisonnement complexe.

Brain

A l’instar des activités de stimulation intellectuelle telles que mots croisés, puzzles et jeux de cartes, surfer stimulerait donc – et éventuellement améliorerait – le fonctionnement du cerveau.

Recherche internet, jeu en ligne, alimentation d’un blog ou d’un site internet, tri de ses emails, utilisation d’ « émoticônes » (les smileys J), twits et chats boosteraient chacun à leur manière les capacités cérébrales du surfeur.

Un impact global

L’impact de ces nouvelles technologies se ferait également ressentir sur le comportement. « L’utilisation prolongée de l’ordinateur est susceptible d’engendrer un effet profond sur la manière dont nous pensons, ressentons les choses et nous comportons », avance le Dr Gary Small (UCLA), neurologiste américain renommé.

S’il recommande de conserver un équilibre entre le temps passé sur internet et les interactions sociales réelles, le professeur Small exhorte les récalcitrants à se jeter à l’eau : « Si vous n’utilisez jamais l’informatique, commencez ! D’après les résultats de notre étude, une heure par jour peut déjà grandement améliorer notre capacité à traiter l’information, et ce même chez les personnes âgées de 55 à 60 ans.»

;-)

A.D.

Alzheimer à Davos

19-02-2010

« Un pas en avant majeur » dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer. Par ces mots, l’association Alzheimer’s Disease International (ADI) se félicite de l’inscription de la Maladie d’Alzheimer au cœur des discussions du Forum économique mondial de Davos, en Suisse. Un événement d’autant plus remarqué qu’il constitue une première.

L’association internationale ADI fédère 71 organisations nationales axées sur la maladie d’Alzheimer. Dans son Rapport 2009, elle indique qu’à l’échelle mondiale 35.6 millions de personnes sont atteintes de démence. Ces données seront amenées à doubler tous les 20 ans, pour atteindre 65.7 millions en 2030 et 115.4 millions en 2050.

La médecine personnalisée

Parmi les pistes de travail débattues au sommet : la médecine personnalisée. Le terme renvoie à l’usage d’informations génétiques dans le but d’identifier le traitement le plus approprié pour le patient, compte tenu de la situation particulière dans laquelle il se trouve. Ce type de médecine s’est quelque peu démocratisé et davantage de patients peuvent désormais y avoir accès.

« Un tsunami médical sur le point de déferler »

Au-delà de cette option plus particulières, les participants au forum ont mis l’accent sur l’importance d’une prise de conscience du grand public par rapport à la maladie d’Alzheimer et aux moyens mis en place pour y faire face.

En amont du forum, Marc Wortmann, le directeur de ADI, se désolait du manque de contrôle sur la démence et la maladie d’Alzheimer. Ce manquement fera peser de lourds fardeaux sur les personnes, les familles, les établissements de soin de santé et l’économie mondiale ». Comparant la maladie d’Alzheimer à un « tsunami médical sur le point de déferler », les experts estiment que le coût de la démence pourrait s’élever à 315 milliards de dollars par an.

Ces prévisions pessimistes ne seraient cependant pas inéluctables. « Un espoir réside dans la prise de mesures pour appuyer la recherche de meilleurs traitements et pour financer et améliorer les soins de la démence », explique Marc Wortman. « Nous devons informer les gens quant au fait que les traitements disponibles, le soin et le soutien offerts, même aujourd’hui, peuvent faire la différence »

A.D.